Des photos satellite de la catastrophe confidentielle OKN-32.

Le 26 Octobre 1986, un incident géologique majeur a eu lieu en Algérie. Un affaissement de terrain s’est produit sur le champ pétrolifère de Haoud Berkaoui, au sud-ouest de la ville de Ouargla.  Un cratère de 80 m de profondeur et de près de 200 m de diamètre s’est créé. Le puits de pétrole OKN-32 venait d’être englouti. Il est à l’origine de cet écroulement de terrain. Quelques mois plus tard, au printemps 1987, le cratère s’est étendu au puits pétrolier voisin OKN-32 bis. L’effondrement avait grossi à 320 m de diamètre. Depuis cette date, le cratère continue inexorablement de s’étendre, avec des conséquences écologiques majeures sur la région de Ouargla.

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Légende: Vue satellite montrant la position du cratère OKN-32 dans le champ pétrolier de Haoud Berkaoui, au sud-ouest de Ouargla. (Crédits: Google Earth). 

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Légende: Photo satellite du 14 janvier 2015 montrant le cratère de Haoud Berkaoui d’un diamètre d’environ 350 m. (Crédits: Google Earth). 

Lors du forage du puits OKN-32 en 1978 par la compagnie française TOTAL, un problème technique est survenu. Les faits sont relatés par le site H2O.net. En 1999, l’ex-directeur TOTAL de la zone de Haoud Berkaoui leur a déclaré :

« C’est un problème très complexe. La Sonatrach ne veut pas reconnaître ses torts. Nous avions un contrat d’assistance technique avec elle et nous avons commencé à forer. Mais en descendant, nous avons fait face à une éruption d’eau. On a essayé de mettre en place des mesures de sécurité en utilisant de la baryte mais la Sonatrach s’occupait de la logistique et nous l’a livrée 15 jours trop tard. La nappe phréatique a été contaminée et les environs sont menacés. »

La Baryte (ou Barytine) est un alourdissant des boues de forage. Son utilisation immédiate aurait pu colmater l’éruption d’eau. En l’absence d’une réaction immédiate des exploitants pétroliers, la situation a échappée à tout contrôle humain. Et cela ne fait qu’empirer depuis cet incident pétrolier de 1978. Ce forage qui a mal tourné a des conséquences écologiques majeures sur la pollution des nappes phréatiques. En effet, l’eau de la nappe dite du « Sahara Septentrional » remonte vers la surface. Il s’agit d’une nappe aquifère se trouvant à une profondeur de 1 000 à 2 000 mètres à cheval sur 3 pays: l’Algérie, la Libye et la Tunisie. Une ressource hydrique tellement peu renouvelable que cela lui vaut le nom de nappe fossile.

En remontant vers la surface à un débit important de plusieurs milliers de m3 par heure, l’eau traverse une couche géologique de sel. C’est l’érosion de cette couche de sel qui est la cause de l’effondrement du terrain. Et surtout l’affleurement a un effet autrement dévastateur, une eau polluée en sel remonte à la surface. D’où la contamination en sel de la nappe de surface, celle qui est vitale aux besoins de la population locale. Citons à ce propos encore l’article d’il y a 15 ans de H20.net:

« Les projections les plus timorées de la Sonatrach font état d’une salinisation des eaux de surface de Ouargla de 20 g/l d’ici 100 ans si rien ne bouge. Cela en fait tout simplement une eau inutilisable. Pire, la nappe profonde s’épuise de plus en plus rapidement. OKN 32 compte pour environ 16 % de l’épuisement total de l’aquifère albo-barrémien (nappe profonde). »

En Algérie, le dossier de la catastrophe écologique de Haoud Berkaoui est frappé du sceau de la confidentialité. La disponibilité des nouvelles images satellites permet aujourd’hui d’en savoir plus sur l’évolution en surface du cratère.

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Légende: La première image satellite ayant une résolution détaillée, en date du 12 juillet 2013. (Crédits: Google Earth). 

Une estimation actuelle du diamètre du cratère est d’environ 350 m. Le diamètre progresse d’environ un mètre par an. Des écroulement sont visuellement identifiables sur le côté Est,  par comparaison des clichés de 2013 avec celui de 2015.

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Légende: Ayant été pris au moment où le soleil était au zénith, ce cliché du 22 septembre 2013 donne une vue du plan d’eau saumâtre au fond du cratère. (Crédits: Google Earth). 

Les failles qui entourent le cratère -comme des stries circulaires- sont un signe inquiétant. Un nouvel affaissement brutal de terrain est du domaine du probable. L’effondrement pourrait potentiellement passer à 500 m. Comme une tumeur maligne, l’affaissement du terrain et du sous-sol va continuer à grossir.

Un périmètre de sécurité a été mis en place autour du cratère OKN-32. Mesure prise pour protéger les curieux ou pour cacher à la vue du public l’ampleur de la catastrophe? Toujours est-il que le dossier de ce désastre est marqué d’une grande opacité dans l’actualité algérienne.

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Légende: Zone surlignée correspondant au périmètre de sécurité, délimité par un talus surélevé. (Crédits: Google Earth). 

Pour ce qui est de conséquences écologiques sur la ville oasis de Ouargla, et en l’absence de données publiques sur la salinité des nappes phréatiques, le comparatif des photos satellite sur près de 40 ans donne une indication de l’évolution. Une partie de l’oasis est touchée par la désertification. La couverture végétale est en décroissance entre 1976 et 2015. Une régression qui ne peut pas être expliquée uniquement par des variations saisonnières ou climatiques. Les 3 clichés satellite suivant ont été pris à la même période de l’année (décembre-janvier).

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Légende: Photos satellite de la ville de Ouargla entre 1976 et 2015. Urbanisation et désertification croissantes. (Crédits: Google Earth). 

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Légende: Mêmes images satellite en format agrandi. (Crédits: Google Earth). 

Les autorités algériennes et la compagnie nationale Sonatrach n’ont jamais révélé le désastre OKN-32 au grand public. Officiellement, il ne s’est rien passé à Haoud Berkaoui. Avec la campagne de développement du gaz de schiste, les mêmes responsables martèlent qu’il n’y a aucun risque écologique et qu’il faut leur donner une confiance aveugle. Les populations locales continuent de manifester leur refus des techniques de fracking dans l’exploitation du sous-sol.  Elles ont des raisons bien établies de ne pas croire le discours officiel.

Baki @7our Mansour

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Lire aussi:

Le sujet tabou de l’accident OKN 32.

Algérie: A la poursuite d’une nappe miraculeuse d’hydrocarbures dans le Nord.

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6 commentaires pour Des photos satellite de la catastrophe confidentielle OKN-32.

  1. ROLLAND PROTEAU dit :

    C’ EST une chance que certains essaient de nous apporter de nouvelles technologies énergétique, pour remplacer le pétrole qui est partout, partout, partout, et partout dans nos vies et qui maintenant nous déborde, nous envahis de partout !? Au centre de nos océans on dit qu’ il se serait former pratiquement des îles de débris de plastique, ça fait mourir des millions de poissons, d’ oiseaux, d’ animaux marins, et que dire de toutes ces baleines retrouvées mortes sur certaines plages d’ Europe ( à un seul endroit je pense avoir lu 300 baleines trouvées mortes, pas 3 ou 30 mais bel et bien 300 ) La grosse farce plate et stupide est réellement terminée et fini concernant notre position sur l’ autoroute de la MORT !?
    OK JE m’ arrête ici, simple citoyen ordinaire que je suis, et surtout sans jamais vouloir inventer avant le temps ce qui risque de se dire dans le future, je dis ceci : ON NOUS A PARLÉ DE LA DISPARITION DES DINOSAURES, JE PENSE DE GLACIATION, ET UN JOUR ON PARLERA DE LA PÉTRO-GAZÉIFICATION DE LA VIE SUR TERRE !?
    EXEMPLE : Des milliards de kilomètres carrés en asphalte ( pétrole) toute vos nourritures enveloppée dans du plastique ( pétrole ) tous vos instruments de travail du crayon à l’ ordinateur sont en plastique ( pétrole ) et que dire des seins gonflés avec ( pétrole ) et en terminant la journée encore avec des cons-dons en ( pétrole ) On appelle cela regarder la MORT en riant, serait-ce pour ça que …………!???
    Mon Dieu venez-nous en aide

  2. 7our dit :

    Un article d’un journaliste lambda d’El Watan parle du cratère OKN 32. Le titre de son article comporte une faute d’orthographe flagrante (« OKN 32, le gouffre de l’oublie« ) et son texte comporte des énormités non scientifiques. Bien qu’il ait le mérite de parler de cette catastrophe écologique majeure dans un journal algérien, il faut se demander pourquoi ce silence a-t-il duré si longtemps.

    Je vous laisse méditer la conclusion de l’article d’El Watan :
    « Récemment, des analyses d’images satellites effectuées par Seyfallah Bouraoui, un jeune chercheur algérien qui vient de soutenir sa thèse de doctorat à l’université des sciences de la terre de Strasbourg, révèlent l’ampleur du désastre. L’étude portant sur l’observation des déformations des sols — grâce à de nouvelles techniques de traitement des images satellites dites InSAR, avec une précision de l’ordre millimétrique — montre que le gouffre qui s’élargit continuellement creuse un rayon d’affaissement terrestre qui avance à une vitesse constante vers la ville de Ouargla.

    Le creux provoqué par le gouffre situé à 32 kilomètres de la ville en 1978 n’est plus qu’à 20 kilomètres à présent. Il atteindra inévitablement le centre de la ville en 2050  »

    Cher lecteur, vérifiez par vous même sur les photos satellite. Le cratère n’a pas connu une croissance de 12 km (ni en rayon ni en diamètre) depuis 1978. Il est situé dans un champ pétrolifère et des dizaines de puits en production l’entourent. S’il y avait un tel danger, cela se serait vu. Pas besoin d’avoir une thèse de doctorat ou d’être journaliste pour voir que c’est une contre-vérité. Dommage qu’un sujet si grave ait été traité de manière peu sérieuse par El Watan.

  3. brahim dit :

    cher frère, a ma connaissance, en 1976, il n’y avait pas de google earth.

    • 7our dit :

      Il y avait déjà des satellites d’observation en 1976 et même avant…

      • Lourdjane dit :

        En 1978, le journaliste Timizar a écrit un article sur El moudjahid. Il avait survolé le site par hélicoptère. Un second papier a été écrit sur Algérie Actualité en janvier 1990. El Watan le 3/2 2016 et OGB Oil&Gas N° 12 de février 2016.

      • 7our dit :

        L’article de ce blog a été publié le 14 mars 2015, bien avant l’article d’El watan et d’ogb. Avec une différence notable, ce site modeste est complétement gratuit, non subventionné, et non financé… travail totalement bénévole et sans hélicoptères.

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