Pourquoi le DRS a été liquidé.

Plusieurs éditorialistes de la presse d’Alger ont décrit la fin du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité) par cette formule : c’est la fin d’un contre-pouvoir. La dissolution a été révélée par une fuite provenant de la présidence. Le scoop a été publié par le journal arabophone El-Hiwar qui a donné le contenu du décret non-publiable au journal officiel. Pendant une semaine, cela avait donné lieu à de multiples interprétations et spéculations dans la presse avant que cela ne soit confirmé par le directeur de cabinet Ahmed Ouyahia.

Logo DRS

Légende: Un logo supposé du DRS qui circule sur Internet.

L’institution DRS a été dirigée pendant 25 ans par le général Mohamed Mediene dit Toufik. Elle faisait l’objet d’une restructuration depuis septembre 2013. Et trente mois après une première rumeur de dissolution en octobre 2013 (voir Est-ce la fin du DRS ?), la réorganisation des services secrets vient de s’achever en Algérie.

Nommé à la tête du DRS en septembre 2015, le général-major Athmane Tartag dit Bachir avait une feuille de route bien précise. Mettre fin à l’emprise décisionnelle politique et économique du DRS dans les rouages de l’Etat. L’une de ses premières décisions a été de retirer les officiers du DRS des administrations publiques : ministères, administrations territoriales, entreprises publiques, etc. Il s’en est suivi une mise à la retraite des gradés qui administraient le DRS. La presse avait à l’époque brocardé un général-piscine, un haut gradé qui était chargé de réserver et sécuriser des installations sportives pour les mettre à la disposition de l’ex-patron du DRS. Mais au delà de cette anecdote, les signes de la dissolution du DRS étaient déjà visibles. Les hauts responsables n’avaient pas été remplacés poste pour poste dans les mêmes fonctions. Et un redécoupage des moyens humains et matériels restants était même mis en oeuvre.

La décentralisation des services secrets était programmée. Le DRS ne devait pas survivre à la chute de la légende du général Toufik (voir l’article publié en mars 2013, Général Toufik: Le dirigeant invisible). Un diagnostic cinglant était fait depuis des années. L’hypertrophie du DRS au sein de l’Etat algérien était devenue une source d’interférences et de blocages. La structure connaissait une politisation croissante -résumée par la formule de plus grand parti politique du pays- au détriment de l’efficacité opérationnelle. Une faillite dans le travail de renseignement révélée par l’attaque terroriste de Tiguentourine début 2013.

Certains commentateurs de la presse algérienne ont interprété la fin du DRS comme un résultat de la lutte des clans. C’est une vue très superficielle des événements. Le DRS était devenu un facteur profond de déstabilisation. Pas seulement pour la présidence Bouteflika ou le régime d’Etat, mais en fin de compte pour le pays entier. Dans un pays normal, un service de renseignement et de sécurité n’agit pas contre les intérêts du pouvoir exécutif ou de l’Etat, n’agit pas pour empêcher le développement des forces vices du pays.

Certains avaient qualifié le DRS de contre-pouvoir. Quelle formule hasardeuse ! Les acteurs normaux d »un contre-pouvoir efficace devraient être une presse indépendante, une société civile dynamique, une opposition politique représentative, etc. Mais dans l’Algérie du général Toufik, la plupart de ces agents sont devenus des relais, des courroies de transmission de leur donneur d’ordres qu’était le DRS. L’avenir nous dira si ces acteurs vont s’émanciper ou s’ils vont se contenter d’être les marionnettes d’autres manipulateurs.

Le DRS n’existe plus en tant que structure. La notion d’un contre-pouvoir au sein du pouvoir a fait faillite. Et comme dans toute banqueroute, cela se termine par une liquidation et une réaffectation des actifs et des ressources. La mission précise dont était chargé le général Tartag s’est achevée. Une nouveau cycle commence pour les services secrets algériens. Mais ceci est une autre histoire comme disait Rudyard Kipling.

Baki @7our Mansour

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3 commentaires pour Pourquoi le DRS a été liquidé.

  1. abdi mohand ouidir dit :

    azul fellawen, sur cette question de changement a la tete des renseignements . ce qu’on oublie souvent de dire ,c’est la france-romaine qui etait impliquée de cette décapitation selon les conseilérs proches de el-hadj hollande.apparement sa main est prise dans le sac ,encourage les nébuleuses au mali ,tchad,lyie,burkuna faso ….enfin dans tout le sahel , jusqu’au nigeria ,cameroun dont leurs presidents se sont plaints auprés des instances internationales…tout cela il ne faut pas sortir de la zaouiya d’ichalaten pour déduire que areva ,total avec les pays de golf surtout qatar ont fait des réunions secrètes pour une éventuelle main mise sur la région pour piller les richesses…les touaregs massacrés,les haoussa ,les peules …etc et les autres,on les pousse a s’installer au maghreb,puis on fait pression sur ces pays de les integrér comme ils l’ont fait pour le maroc…les autres on leur fait miroiter l’europe pour mourir dans les mers ou devenir des esclaves en occident ou ailleurs…le sous-sol sera éventré pour les terres rares ,uranium,solaire,petrole,gaz ou autre…..u.s.a emboite le pas doucement. déja l’arabie saoudite a fait des demandes auprés du ministre concerné pour avoir des domestiques filles.que dieu nous protege .tanmirt ar timlillit.

  2. Tarek Benaldjia dit :

    le général-major Athmane Tartag dit Bachir ,avait-il sur sa feuille de route , ou serait-il l’homme qui fondera son nouveau département sur le droit international et le rôle central de la politique extérieure de l’algérie ? Où il se doit de mettre au centre de ses préoccupations le principe de sécurité égale et indivisible à tous les niveaux ? Aussi bien global que régional ? Cela signifie que la sécurité des uns ne doit pas être assurée en dépit de celle des autres ?
    impliquera-t-il une révision des rapports Nord-Sud avec ses collègues de l’occident ,de l’OTAN ? aurait-il une stratégie,une vision du monde pour contourner celle de l’extérieure fondée sur le pillage et l’endetement .Ceci est la manière dont l’occident a historiquement pillé les pays du tiers monde. j’entends ce terme dans son sens le plus large , ce sont des accords secrets, particulièrement bien gardés qui donnent le contrôle des lois des gouvernements souverains aux entreprises privées ?! Cela bien sûr n’arrivera jamais ou pratiquement jamais ,avec une feuille de route en bonne est due forme !
    Je souhaitais seulement apporter ma modeste contribution à cette grande reflexion, à travers mes réflexions, mon vécu et les divers échanges personnels que j’ai eu ici ou là. Il se veut sans prétentions, et n’a comme orientation que la recherche de la vérité, si elle existe.

    • 7our dit :

      Le général Tartag a été missionné par Bouteflika pour la liquidation du DRS de Toufik. Et Bouteflika n’ayant jamais été un démocrate, et n’ayant jamais cru au jeu démocratique, il ne faut pas espérer un bouleversement de la vie politique algérienne après la dissolution du DRS.

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