Quand le FLN-ALN était une école du militantisme armé africain.

La photo suivante est un document historique exceptionnel. Parmi ce groupe de militants, plusieurs deviendront présidents de leurs Etats respectifs. On y retrouve les algériens Ben Bella, Boumediène, Bitat et Boudiaf, le mozambicain Samora Machel, l’angolais Agostino Neto. Et un doute subsiste sur le personnage n°2. S’agit-il du Cap-Verdien Aristides Pereira ? Ou d’Amilcar Cabral? Ou de quelqu’un d’autre?

Photo-Histoire-2

Largement partagée sur les réseaux sociaux depuis samedi dernier, cette photo est issue d’un article de presse inconnu. Le style et le détail fourni font immédiatement penser à un journal algérien (Lequel? De quand date cet article? Pas de réponse trouvée pour le moment). L’image affichée ci-dessus provient du blog angryarab. Le commentaire ajouté en français est une traduction du texte en arabe. Il est complété par des remarques en relation avec le contexte historique.

Dans ce groupe, quatre acteurs ont été présidents de l’Algérie à des titres divers. Le premier dans l’ordre chronologique, Ahmed Ben Bella (n°5), a été élu en septembre 1963 avant d’être renversé par Houari Boumediène (n°22) le 19 juin 1965. Ce dernier a dirigé le pays en tant que président du Conseil de la Révolution jusqu’à décembre 1976. Date à laquelle il s’est fait élire en étant candidat unique à la présidentielle. Il est décédé le 27 décembre 1978. L’intérim de deux mois a alors été assuré par Rabah Bitat (n°7). Il s’en est suivi la présidence de Chadli Bendjedid. Ce dernier n’était pas au Maroc. Il était affecté en 1962 en Tunisie sur la frontière algérienne. A sa démission en janvier 1992. C’est le militant historique Mohamed Boudiaf (n°9) qui a alors présidé le HCE (Haut Conseil d’Etat) avant d’être assassiné le 29 juin 1992. Beaucoup d’acteurs de l’Algérie contemporaine sont ainsi présents sur cette photo. Une absence de taille est à noter. Celle du natif d’Oujda. Le commandant Abdelaziz Bouteflika ne figure pas sur les photos avec les activistes africains.

Du côté des révolutionnaires africains, le militant anti-apartheid Nelson Mandela (n°15) est au centre de la photo. Il avait séjourné dans les camps FLN-ALN en mars-avril 1962 (voir les articles Mandela l’Algérien et Mandela et l’Algérie : cinq mensonges et une révélation). Au cours de son voyage, il avait été invité à visiter les ateliers d’armements de l’ALN près de Oujda et au Nador. Voici deux clichés où il avait été photographié.

Frontière_ouest_algerienne_en_1962_(2)

Légende: A gauche Nelson Mandela. Au centre, Ben Bella, Boudiaf et Aït Ahmed. 

mandela-armes

Légende: Nelson Mandela s’informant auprès de militaires de l’ALN.

Quatre mois environ après la prise de ces photos, Nelson Mandela a été arrêté en Afrique du Sud (voir sa biographie sur ce document pdf). Il n’en sortira que 27 ans plus tard. Ceux qui disent qu’il avait fait des visites secrètes en Algérie indépendante se trompent lourdement. Assurément, ils le confondent avec d’autres militants de l’ANC. Dont l’actuel Président d’Afrique du Sud Jakob Zuma. C’est ce dernier qui était porteur d’un passeport algérien. Mandela voyageait avec un passeport éthiopien avant son incarcération.

Revenons à la première photo. Avec une révélation de ce blog. A gauche, le personnage n°10 est Eduardo Mondlane (né le 20 juin 1920 – décédé le 3 février 1969). Il était au début des années 60 le leader des indépendantistes mozambicains. Un anthropologiste de formation qui avait enseigné l’histoire et la sociologie à l’université de Syracuse près de New-York. Il était le Président du Front de Libération Mozambicain (FRELIMO) de la date de création du mouvement en 1962 en Tanzanie jusqu’à sa mort en 1969. Mondlane a été assassiné dans un attentat à Dar es Salam. Un colis piégé lui avait été adressé. La bombe était cachée à l’intérieur d’un livre. Les services secrets portugais sont fortement soupçonnés d’être à l’origine de cet attentat.

L’un des adjoint de Eduardo Mondlane était Samora Machel (né le 29 septembre 1933 – décédé le 19 Octobre 1986). Il est sur la photo sous le numéro n°16 (le commentaire en arabe intervertit son nom avec le n°17). Lorsque le FRELIMO a déclenché sa guerre d’indépendance le 25 septembre 1964, Samora Machel était le commandant de la région de Niassa. Il est devenu chef de l’armée de libération en octobre 1966 avant de prendre le contôle du FRELIMO en 1970. Machel est devenu Président du Mozambique lorsque l’occupation portugaise du Mozambique s’est terminée en 1975. En février 1977, l’option du marxisme-léninisme avait été choisie officiellement par le FRELIMO. Samora Machel est décédé dans un accident d’avion en 1986. Son avion revenait alors d’un sommet régional à Mbala en Zambie.

Son voisin sur la photo le n°17 est l’angolais Agostinho Neto (né le 17 septembre 1922 – décédé le 10 septembre  1979). Fils d’un pasteur méthodiste, il avait fait des études de médecine au Portugal. Arrêté à plusieurs reprises par la police du dictateur Salazar pour « activités séparatistes« . Il était le leader du Mouvement Populaire Angolais de Libération (MPLA) lorsqu’il s’est échappé d’une résidence surveillée près de Lisbonne. De là il est parti vers les camps du FLN-ALN au Maroc et ensuite vers d’autres pays amis. Le 11 novembre 1975, lorsque l’Angola est devenue indépendante, le MPLA s’était emparé de la capitale Luanda au détriment d’autres mouvements indépendantistes. Neto est alors désigné président de la République. Il s’en est suivi une guerre civile et une large répression politique. En 1977, le MPLA choisissait le marxisme-léninisme comme idéologie du parti. Neto recevait une aide cubaine importante. Mais en 1979, alors qu’il souffrait d’un cancer, il est décédé à Moscou lors d’une intervention chirurgicale. Il avait 56 ans.

Il y a un doute sur personnage n°2 de la photo en début d’article. Il pourrait s’agir d’Amílcar Cabral (né le 12 septembre 1924 en Guinée Bissau – décédé le 20 Janvier 1973). Personnage charismatique, on l’avait surnommé le Che Guevara africain. Il militait pour l’indépendance de la Guinée Bissau et des îles du Cap-Vert. Après des études d’agronomie au Portugal, Cabral a fondé le mouvement indépendatiste PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde). Pan-Africaniste convaincu, il était aussi l’un des fondateurs du MPLA angolais. Sous le nom de guerre d’Abel Djassi, Cabral était le chef du mouvement anti-colonialiste en Guinée portugaise. Excellent organisateur, son mouvement libérera une partie du territoire de l’emprise coloniale. En 1972, Cabral avait commencé à préparer une assemblée populaire en prévision de la déclaration d’indépendance unilatérale. Des rivaux au sein du PAIGC soutenus par les services portugais l’assassinèrent le 20 janvier 1973 à Conakry. Son demi-frère Luís Cabral reprendra le flambeau et deviendra par la suite président de Guinée Bissau.

Mais la qualité de la photo et le manque de témoignage descriptif laissent persister un doute. Ce personnage n°2 pourrait être Aristides Pereira (né le 17 novembre 1923 – décédé le 22 septembre 2011). Ce dernier fut le premier président des îles du Cap-Vert indépendant. Il a dirigé son pays de 1975 à 1991. Le Cap Vert était à l’époque proche du bloc socialiste. Mais après l’introduction du multipartisme, Pereira échoua aux élections présidentielles de février 1991. Il décéda après avoir été hospitalisé à Coimbra au Portugal.

Beaucoup de choses n’ont pas encore été rendues publiques sur cette période où l’Algérie était un sponsor important des mouvements de libération. Et pour cause, c’était les services secrets algériens qui encadraient le soutien apporté aux « frères révolutionnaires. » A travers le Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales (MALG) dans les camps d’Oujda et du Nador, et ensuite par l’entremise de la sécurité militaire. Une page de l’Algérie contemporaine à faire écrire par des historiens objectifs.

Baki @7our Mansour

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