Algérie: Vive la fausse réconciliation sans justice ni vérité !

Le pouvoir algérien use et abuse du floutage sémantique. La guerre civile est officiellement appelée une tragédie nationale. Les lois d’amnistie sont nommées des chartes de concorde civile, de paix et de réconciliation nationale. Or on peut trafiquer les concepts et les notions comme on veut, il arrive que la réalité vous rattrape douloureusement. Il suffit de voir que dix ans après l’adoption d’une des fameuses chartes de Bouteflika, l’Algérie est encore loin de vivre dans la sérénité.

RezagBaraIllustrons certains concepts de cette « réconciliation » à travers les propos de Kamel Rezag Bara, l’un des conseillers à la présidence de la république. Propos issus d’une interview radio sur la chaîne 3.

Kamel Rezag Bara a rejeté le choix d’une commission Vérité et Réconciliation comme moyen de résolution du conflit en Algérie. Pour lui, cela aurait amené à « la poursuite de l’antagonisation entre algériens, sur la base de qui est responsable de quoi, qui a fait quoi. Nous aurions après la fin de la confrontation armée à continuer à nous antagoniser sur le terrain de qui est responsable de quoi.  » En d’autres termes, la tragédie nationale est juste un fâcheux concours de circonstances, et il n’y a ni responsables ni coupables.

Et il poursuit « Et tourner la page ce n’est pas par le moyen d’une commission Vérité et Réconciliation. Et nous avons une dizaine de pays qui ont eu des conflits qui ont eu la vérité mais pas la réconciliation, ont eu la justice mais pas la vérité, il n’y a pas de modèle. » Bref le modèle algérien c’est la fausse réconciliation sans vérité et sans justice. Pourrait-elle être positive pour l’avenir à moyen terme du pays ? Et ce qu’alors que les discours radicaux et les pensées extrémistes sont assez prégnants. Cela laisse présager un retour de la violence à grande échelle sans un traitement adéquat des racines du mal. Il n’y a pas eu concorde au sens d’unité des cœurs et des volontés, il n’y a pas eu d’éradication du langage de haine, il n’y a pas eu de pardon sincère et réciproque.

Autre refus sémantique, celui de la notion de guerre civile par Kamel Rezag Bara:

« Nous, nous refusons le concept de guerre civile. Appelons ça comme on veut, il y a eu une situation de très profonde antagonisation entre les algériens qu’il faut dépasser. Comment la dépasser? Mais par la voie politique. Et la seule voie possible était un équilibre entre les uns et les autres qui permette à l’Algérie, un de rester unie, deux de ne pas permettre l’internationalisation du conflit comme l’ont voulu certains, trois de ne pas raisonner avec la problématique vainqueur-vaincu. »

Au fond, il fallait surtout un artifice législatif pour éviter les interférences internationales au regard des conventions déjà signées par Alger. Et quant à la problématique vainqueur-vaincu, le gagnant sur le plan idéologique est évident, c’est la pensée islamiste. Elle est d’ailleurs désormais manipulée de part et d’autre comme un outil conceptuel :

« Et la charte pour la paix et la reconciliation nationale emploie le terme de Fitna, nous avons connu une fitna, c’est-à-dire une très profonde discorde. (..) Mais cette Fitna a eu pour fondement que certains ont instrumentalisé la religion, ont proposé de fausses solutions, de fausses illusions et ont utilisé la violence, le meurtre, la subversion, le terrorisme, pour pouvoir imposer cette illusion. »

Tout ça pour ça pourrait-on dire. Dans l’Algérie de 2015, les islamistes  sont impatients de voir le pouvoir leur tomber entre les mains comme un fruits mûr. Après un travail de longue haleine, l’école est devenue religieuse, la société est devenue conservatrice. Et le pouvoir qui n’est pas à son premier reniement s’y adapte par pur cynisme. Ou comme le dit si bien le conseiller Rezag Bara:

« Dire en définitive, la politique c’est également de pouvoir être conforme avec les attentes de la société d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas régler les problèmes d’aujourd’hui avec les méthodes et les hommes d’hier. Je crois qu’il y a des transitions à mener, des articulations à gérer, afin que les transitions intergénérationnelles ne soient pas seulement la conséquence d’une opération biologique mais soient également le résultat réfléchi d’une politique qui tient compte de l’Algérie d’aujourd’hui dans son environnement d’aujourd’hui. « 

Selon la présidence algérienne, la prochaine constitution promet de consacrer l’alternance politique. En d’autres termes, il faut s’attendre à un autre scénario tordu. Du genre un gouvernement islamiste dirigé par un ex-apparatchik ou par un enfant de la « noblesse révolutionnaire », des gens au dessus de tout soupçon bien évidemment.

Mais la réalité finit toujours par rattraper les choix tragiques. Pendant que le conseiller à la présidence dénonçait sur la radio publique les tenants de l’instrumentalisation de la notion de guerre civile, les forces de l’ordre matraquaient dans les rues d’Alger des mères de disparus. Dans cette Algérie pacifiée, certains instruments laissent plus de bleus au corps et à l’âme que d’autres.

Baki @7our Mansour

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