Bouteflika et les 60 chanteurs.

Présentée par ses porteurs comme étant un « We are the world » algérien, la chanson collective « Notre serment avec l’Algérie » devait participer à la promotion de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. La rumeur l’annonçait avant la parution du clip sur la page officielle Youtube du président-candidat (voir l’article Pourquoi le clip pro-Bouteflika a été retiré). En effet, plusieurs sources affirmaient à l’avance que les artistes et personnalités avaient reçus des émoluments compris entre 1000 € et 5000 € pour leur généreuse participation.

KFarah
Légende: En compagnie de plusieurs franco-algériens, la chanteuse Kenza Farah a participée au clip pro-Bouteflika qui crée une polémique en Algérie.

Toute personne est libre d’exprimer son opinion, y compris de soutenir la candidature d’un président-candidat de toute évidence incapable d’assurer les charges et missions de Chef de l’Etat. Sauf qu’en ce qui concerne ce fameux clip, il y a une tromperie éhontée. Les participants ont été rémunérés. La réalisation et la production du clip a été financée par des sources opaques. Il s’agit d’une publicité politique et non pas de l’expression d’une opinion politique.

Dans l’émission « Système Dz » de la chaîne Dzair TV, les participants Amine Ikhlef et Mohamed Bounoughaz, reconnaissent avoir touché « un cachet ». Avec une certaine naïveté,  Mohamed Bounoughaz dit « Si j’avais su que le public allait réagir aussi négativement, je n’aurais pas fait le clip ». Le patron de la chaîne Dzair TV n’est autre que le milliardaire Ali Haddad, un proche du clan Bouteflika. Coïncidence ou mesure de rétorsion, la dernière émission « Controverse » a été censurée sur cette chaîne. D’aucuns disent que la révélation publique sur la rémunération des chanteurs pro-Bouteflika en est la véritable raison.

Des artistes et personnalités qui ne sont pour la plupart peu connus en Algérie pour leurs positions politiques ou pour leur engagement caritatif ou humanitaire se justifient. Contactée par le quotidien El Watan, Kenza Farah affirme qu’elle ignorait la visée politique de cette chanson. « J’ai été invitée à participer à un titre et un clip pour l’Algérie, présenté comme un We Are the World made in Algerie, avec d’autres de mes confrères et consœurs artistes. C’était un honneur d’y participer et de chanter pour mon pays et pour la liberté de ce dernier » dit-t-elle. En langage politiquement correct, elle ne réfute pas son soutien au candidat Abdelaziz Bouteflika…

L’ancien champion de boxe Farid Khider reconverti en humoriste dit ne pas avoir su que c’était un clip politique. Interrogé par le quotidien Le Parisien, il explique « On m’a vendu ce clip comme un clip à vocation caritative. Je ne savais pas du tout que c’était une chanson pro-Bouteflika ». Plus révélateur est le silence des autres supporters dont l’humoriste Smaïn et le chanteur Kabyle Djamel Allam.

On aurait aimé les voir ces personnalités s’impliquer dans d’autres circonstances pénibles et traumatisantes : la guerre civile, le printemps noir kabyle, l’inondation de Bab el Oued, le séisme de Boumerdès, la confrontation meurtrière à Ghardaia, etc. Mais de ce côté là, ils sont régulièrement aux abonnés absents.

Comment pouvaient-ils ne pas savoir de quoi il s’agissait dans cette chanson lorsque certaines paroles s’adressaient directement à l’apôtre Bouteflika ? Voici quelques extraits : « Avec tes mots, tu as éteint le feu qui me brûlait  », « mes blessures et mes maux ont été soignés ». Véritable cour des miraculés que ce cénacle promotionnel.

Et pour en finir avec cette supercherie, les 60 artistes et personnalités n’étaient pas une soixantaine mais plutôt une cinquantaine. Et encore… en comptabilisant le réalisateur vidéo, le chef d’orchestre et des personnalités qui ne chantent pas. Mais l’affichage du nombre 60 permet aux responsables de l’opération d’éviter le douloureux nombre associé à Ali Baba des 40. Cela n’empêche pas plusieurs commentateurs sur Internet d’avoir eu la même idée en affublant les chanteurs du nom des « Enfoirés de Bouteflika ». Non, malheureusement rien à voir avec ceux qui se mobilisent pour une cause juste comme celle des Restaurants du Cœur en France. Mais de façon indélébile,  ceux qui se sont fait remarquer en soutenant contre rémunération la cause désespérante d’une candidature absurde à la présidence algérienne.

Baki @7our Mansour

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5 commentaires pour Bouteflika et les 60 chanteurs.

  1. 7our dit :

    Le rappeur HK Azzou qui se contredit. D’un côté il dit que sa participation n’était que l’expression d’une opinion. Et d’un autre côté il reconnait avoir reçu un cachet : « On est allé chanter et on a touché un prix symbolique comme lorsqu’on est payé pour un concert. Le prix ne dépasse pas les 200.000 DA. On a l’habitude de travailler avec Jaafar Kacem et de toucher ce cachet là. Les gens n’ont pas compris le message de la chanson. On l’a fait pour soutenir le Président, pas Abdelaziz Bouteflika. Pour le moment, notre président est Bouteflika. »

    Consternant !

  2. 7our dit :

    L’émission de télévision « System Dz » est suspendue. Le directeur de la chaine Dzaïr TV, Mohamed Hakem dément la censure : «La suspension temporaire de l’émission «Système DZ» n’a absolument rien à avoir avec une quelconque pression» suite à la polémique du clip de Bouteflika. Ben voyons…

  3. 7our dit :

    « Smaïn se désolidarise lui aussi du clip de soutien à Bouteflika« . Selon son producteur Fabrice Roux, l’artiste «pensait apporter son soutien au pays qui l’a vu naître» en participant à ce clip et il estime avoir été trompé.

    Ne parlant pas arabe, l’humoriste ignorait que le titre du clip était le slogan de campagne de Bouteflika. Il «pensait délivrer un message de paix et d’unité, en compagnie d’artistes de tous horizons (…). Il regrette sincèrement l’interprétation qui en est faite», a ajouté Fabrice Roux.

  4. Sindibad dit :

    Cher Baki 7hour, je partage votre analyse à 99%. Pour le 1% restant, je m’inspire de l’un de vos articles pour vous contredire : Non ce n’est pas un droit en démocratie d’être pour Bouteflika, même sans recevoir de rémunération. Être pour Bouteflika, c’est être hors du cadre légal, hors-la-loi, hors du cadre constitutionnel. L’Algérie n’est pas aujourd’hui un état de droit. L’Algérie n’est pas aujourd’hui une démocratie. Voici ce que prévoit le droit, dans l’article 88 de l’actuelle constitution algérienne :
    « Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil Constitutionnel, se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement.
    Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l’état d’empêchement du Président de la République, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres et charge de l’intérim du Chef de l’Etat, pour une période maximale de quarante cinq (45) jours, le Président du Conseil de la Nation, qui exerce ses prérogatives dans le respect des dispositions de l’article 90 de la Constitution.
    En cas de continuation de l’empêchement à l’expiration du délai de quarante cinq (45) jours, il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit, selon la procédure visée aux aliénas ci-dessus et selon les dispositions des alinéas suivants du présent article.
    En cas de démission ou de décès du Président de la République, le Conseil Constitutionnel se réunit de plein droit et constate la vacance définitive de la Présidence de la République.
    Il communique immédiatement l’acte de déclaration de vacance définitive au Parlement qui se réunit de plein droit.
    Le Président du Conseil de la Nation assume la charge de Chef de l’Etat pour une durée maximale de soixante (60) jours, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées.
    Le Chef de l’Etat, ainsi désigné, ne peut être candidat à la Présidence de la République. (..) »

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