De la démocratie en Algérie.

Un pays dirigé par un système oligarchique derrière la façade d’une république démocratique fictive. 

Près de 52 ans depuis le recouvrement de son indépendance, la dénomination officielle du pays est toujours la République Algérienne Démocratique et Populaire (RADP). Un nom désuet qui tire son origine historique de la proximité des révolutionnaires algériens avec l’ex-bloc de l’Est socialiste. La « démocratie populaire » était le système politique imposé par Ahmed Ben Bella dans la constitution de 1963. L’inscription demeure sur le fronton de l’État algérien en 2014.

Seal_of_Algeria.svgLégende: Sceau de la RADP avec la mention en arabe « al-dimoukratia al-chaâbia » (démocratique populaire)  qui varie de façon significative de la mention en français « démocratique ET populaire». Une anecdote imagée du double langage du régime d’Alger.

Le mot république provient du latin Res Publica qui signifie au sens propre la « chose publique » et désigne ainsi ce qui relève de l’intérêt général. Par opposition à une monarchie absolue,  les fonctions de Chef de l’État ne sont pas héréditaires mais procèdent en théorie d’un choix public. Mais comme l’illustre de façon singulière la République Populaire Démocratique de Corée, le terme sert aussi de paravent aux crypto-monarchistes de la dynastie communiste Kim.

Le terme démocratie provient des mots du grec ancien demos (peuple) et kratos (pouvoir) et désigne la « souveraineté du peuple ». Quant à lui issu de la terminologie de l’ex-bloc socialiste, l’assemblage « démocratie populaire » est un pléonasme étymologique car il signifie la « souveraineté populaire du peuple ». En Algérie, le choix de l’intitulé RADP répondait à des impératifs de propagandes intérieure et extérieure. Il validait en 1963 les options dites socialistes du choix d’un système de parti unique et rassurait de ce fait les soutiens extérieurs communistes du régime d’Alger. C’était un élément de langage face au modèle occidental décrié par le bloc communiste comme étant la « démocratie bourgeoise»,  vilipendée alors pour son « pluripartisme factice visant à égarer le peuple ».

En 2014, la RADP répond entièrement à la critique précédente.  Derrière un multipartisme d’apparence, il y a un manque flagrant de sincérité dans l’ouverture démocratique. Le cynisme s’affiche désormais d’une façon ouverte. Ainsi, il y a quelques semaines, lorque l’ex-premier ministre Abdelmalek Sellal vantait les vertus du modèle algérien sur la TV publique, il affirmait que les partis politiques s’exprimaient et que les candidats à la présidence proposaient leurs programmes. Et c’était tout. Là s’arrêtait la démocratie à l’algérienne. Et surtout pas d’alternance au pouvoir. Juste une liberté relative d’expression servant de soupape de sécurité, avec une mission de réflexion et de proposition pour les partis : telles sont les fonctions dévolues au champ démocratique. Rien sur la participation à la gouvernance du pays ou sur l’accès au pouvoir (voir à ce sujet la lettre de démission de Mostefa Bouchachi de l’assemblée nationale). L’accès aux leviers de l’État reste d’ailleurs sous un contrôle strict. Avec différents filtres pour donner à l’extérieur une image propre et aseptisée de la campagne électorale.

Un exemple parmi d’autres. Six candidats ont été retoqués par le Conseil Constitutionnel alors qu’ils avaient manifestement réunies les conditions demandées. Et parmi ceux qui ont été approuvés, on ne trouve que des enfants biologiques ou adoptifs du système actuel : Abdelaziz Bouteflika, Louisa Hanoune, Ali Benflis, Moussa Touati, Fewzi Rebaïne et Abdelaziz Belaïd. Ce dernier nom est un nouveau-venu dans la pseudo compétition présidentielle. Enfant de la nomenklatura, l’ex-plus jeune membre du comité central du FLN a créé le Front el Moustaqbal (Avenir en français) début 2012 (voir à ce sujet Nouveaux partis en Algérie. Bienvenue à la Waada du régime). Quelles sont les convictions idéologiques d’Abdelaziz Belaïd ? Quel est son programme politique pour aborder de front l’avenir ? La vidéo suivante donne des éléments de réponse. En vérité, il ne semble avoir aucune conviction ou programme en contradiction avec ceux du système.

Dans cette interview daté de mai 2013, Abdelaziz Belaïd détaillait les étapes de développement de son nouveau parti. Pour défendre quelles idées ? « le prochain congrès doit construire l’âme du parti, le premier congrès a construit le corps ». Nous voici donc avec un supposé leader de parti qui déclare avoir des représentants à l’assemblée et au sénat tout en affirmant que « l’idéologie et la vision future » de sa structure n’ont pas encore été définis. Le slogan essentiel est d’une clarté absolue, il est de « donner une certaine éthique à la vie politique en Algérie ». Laquelle d’éthique ? Personne ne le sait. D’ailleurs le sait-il lui même ? Et de s’égarer par « comment le parti peut donner un plus à la vie politique en Algérie et représenter l’Algérie à l’extérieur avec un nouveau souffle et des idées nouvelles ». Aveu que le candidat à la présidence et son parti ne sont que des alibis servant à animer le paysage politique local pour faire illusion auprès des yeux étrangers. Abdelaziz Belaïd joue comme il peut la partition qui lui a été dévolue sur la scène électorale. Son rôle est de donner l’image d’un choix large et diversifié dans une élection nominalement plurinominale. Une illusion qui ne trompe que les observateurs naïfs (voir l’article Présidentielle #dz2014: les jeux sont (déjà) faits).

Autre anecdote révélatrice. La question récemment posée par la journaliste Farida Belkessam de la TV publique. A des invités acquis au maintien de Bouteflika à la présidence, elle leur demande de répondre à un choix manichéen entre Algérie et  démocratie. Sans surprise, les participants ont tous choisi l’Algérie. De façon ironique, soulignons que l’alternative proposée était assez réductrice. Dans son excès de zèle, la journaliste aurait du offrir à sélectionner dans la palette complète entre l’Algérie, la République, la Démocratie et le Peuple. On aurait surement eu un aperçu exhaustif et clair d’une nomenklatura qui soutient un régime tout en critiquant la démocratie, en ignorant les valeurs de la république et en voulant garder un peuple sous tutelle. Une réalité clamée qui est à l’opposé de ce qui est écrit sur la façade de la RADP.

Entre pays virtuel et pays réel, quelle est la nature du régime algérien ? La définition qui lui correspond le mieux est celle d’une oligarchie. Du grec ancien Oligos (petit nombre) et Arkhê (commandement). Les leviers du pouvoir sont entre les mains d’un nombre limité de décideurs. La source de leur influence peut être la force militaire, la richesse accumulée, le passé historique, le pouvoir de nuisance, le poids régionaliste, etc. Cette oligarchie algérienne s’appuie sur une pratique du pouvoir collégiale et discrète. Sauf que cette fois-ci, des dissensions ont été portées sur la place publique.

L’histoire des nations prouve que le système oligarchique est l’un des plus instables sur le plan de l’organisation politique. Il est annonciateur de crises multiples qu’il porte en son sein. Le sens de l’histoire montre qu’un pays qui vit une crise oligarchique peut évoluer vers trois types de scénarios. Une sortie positive de la crise vers une plus grande démocratisation du pouvoir. A défaut d’ouverture, c’est la dérive monarchique comme résultat de la concentration du pouvoir aux mains d’une seul homme. La troisième possibilité est un scénario de dislocation du pays après une guerre entre adversaires de l’oligarchie. Le choix d’une stabilité fictive à très court terme avec le maintien tactique de Bouteflika à la tête du pays n’est-elle pas in fine la projection de l’Algérie sur une trajectoire instable à moyen terme ?

Baki @7our Mansour

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