Les non-dits de l’ex-général Hocine Benhadid.

(Lire aussi l’article du 3 octobre 2015 : 10 choses à savoir sur les déclarations de l’ex-général Benhadid)

Hocine Benhadid a lancé un pavé dans la mare mercredi dernier. Alors que le pays faisait le deuil du crash meurtrier d’un C-130 militaire près d’Oum El Bouaghi, l’ancien officier a donné des entretiens fleuves. A quelques semaines de la présidentielle du 17 avril prochain, l’ex-plus jeune général de l’armée algérienne attaque le chef d’état-major et vice-ministre de la défense Ahmed Gaïd Salah. L’objectif de celui qui est présenté comme un « patriote ancien commandant de la 8ème division blindée » est assez clair : canonner le 4ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Pour le bénéfice de qui ? Là est la question qui ne lui a pas été posée. Mais plusieurs indices pointent vers… Ali Benflis. Benhadid_itw Légende : Sec et nerveux, Hocine Benhadid a lancé des attaques virulentes contre le clan présidentiel. Il a été interviewé par le journal arabophone El Khabar et le journal francophone El Watan.  Le personnage a plusieurs facettes cachées. L’ancien commandant de la 3ème région militaire avait ainsi laissé de mauvais souvenirs du côté de Béchar dans le sud-ouest du pays. Ses méthodes punitives inspirées de celles des troupes israéliennes avaient été décriées à l’intérieur même de l’armée. Est-ce l’une des raisons à sa démission en 1996 ? Ses prises de position sur la scène politique sont rares. Elles coïncident étrangement avec les moments clés des présidentielles. Et une mise en perspective de ses interventions révèle plusieurs zones d’ombre. Pour les distinguer, voici une comparaison de deux de ses interviews. L’une donnée à quelques jours de la présidentielle 2004 il y a près de dix ans, et l’autre avec le journal El Khabar, parue le mercredi 12 février 2014 (un entretien plus détaillé que celui imprimé par El Watan). Soutien à la candidature de Ali Benflis :

  • En 2004 : « Ali Benflis représente la nouvelle génération. Celle d’après-guerre. C’est vrai, il a 60 ans mais en Algérie, nos jeunes ont entre 40 et 60 ans. […]. Il faut que le pays soit dirigé par cette génération, pas par les anciens ou par les séniles. »
  • En 2014 : L’âge de Ali Benflis s’approche des 70 ans. D’après les critères de 2004, il serait devenu un ancien.  L’ex-général Benhadid n’en parle pas.  Et aucun journaliste n’a  eu l’inspiration nécessaire pour lui demander s’il soutenait toujours le même candidat.

Attaque du clan présidentiel : dix ans après, il utilise la même tactique : attaquer l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika.

  • En 2004 : Hocine Benhadid avait dit qu’un groupe d’influence composé de trois ou quatre officiers supérieurs à la retraite étaient les véritables décideurs de l’Algérie. Il poursuit « J’ai dit qu’il y a un groupe de trois ou quatre officiers à la retraite, oui, pas tous à la présidence. Il y a Larbi Belkheïr à la présidence et les autres ailleurs. Ils sont là aux commandes. Il y a Ali Tounsi, patron de la DGSN. Il y a le ministre de l’Intérieur (Yazid Zerhouni) qui est un ancien officier supérieur ».
  • En 2014 : Deux personnes mentionnés en 2004 sont décédés depuis. Zerhouni n’est plus au coeur du pouvoir. L’ex-général Benhadid vise désormais Saïd Bouteflika et Amar Saâdani. « Le plus dangereux du clan (présidentiel) est son frère Saïd. » Il accuse alors le clan de Bouteflika d’avoir « détourné 37 milliards de dollars, et d’autres dossiers qui parlent d’un transfert de 12 milliards de dollars à l’étranger et d’autres affaires encore« . Comme à l’accoutumée, aucune preuve n’est présentée.

Rôle du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité) : offensive de charme en direction du DRS, avec quelques incohérences.

  • En 2004 : Benhadid n’en parlait pas. Il ne mentionnait pas le poids du DRS dans le système politique algérien.
  • En 2014 : « Toufik est un loup parmi les plus féroces, et il sera difficile de prendre le dessus sur lui. » Et sur la restructuration du DRS, Hocine Benhadid minimise les derniers changements décidés. Avec une étonnante contre-vérité « la (DCSA) était depuis longtemps sous l’autorité de l’état-major. Elle était dirigée par le DRS. Et c’est Khaled Nezzar (en tant que ministre de la défense) qui l’a transférée à l’état-major. » Ensuite sur la dissolution du service judiciaire, il dit que cette décision n’a aucun effet du fait que les dossiers de corruption demeurent entre les mains du DRS. Il continue « L’éviction de Toufik crée l’anarchie et des divisions au sein de l’armée, et Bouteflika le sait très bien, et s’il remplace Toufik dans cette configuration, il va donner l’impression qu’il s’est vengé de lui, et cela aura des suites impitoyables, c’est pour cela qu’il n’ira pas dans cette direction. »

Sur sa démission de l’armée en 1996 alors qu’il était conseiller de Liamine Zeroual : il donne des explications floues. Il ne dit pas qui était derrière la cabale contre l’ex-président Zeroual.

  • En 2004 : […] on ne m’a pas écarté. J’ai démissionné de mon propre gré en 1996 pour des raisons personnelles. Je n’ai pas de comptes à rendre.
  • En 2014 : Interrogé sur les clivages au sein de l’armée au cours des années 90, l’ex-général Benhadid revient sur le conflit entre Khaled Nezzar et Mostefa Belloucif pendant… les années 80. Il explique que les mises à la retraite effectuées par Nezzar au début des années 90 ont empoisonné l’ambiance au sein de l’armée. Le retour de Zeroual avait calmé la situation d’après lui. Et lorsque Zeroual avait été choisi comme candidat à la présidence, cela avait suscité des rancœurs d’autres personnes. « Je préfère ne pas citer leurs noms. » Et de dire qu’ensuite la campagne médiatique contre l’entourage de Zeroual a fini par pousser ce dernier à la « fuite« . Près de vingt ans après, Hocine Benhadid n’ose pas dire qui était opposé à Zeroual et à son conseiller Betchine…

Sur le président Bouteflika : il lui voue une haine.

  • En 2004 : « Je ne crois pas, par contre, qu’il finira son mandat s’il est réélu pour un second. Pas dans le sens où il y aura un coup d’Etat ou un coup de force, mais dans le sens où il quittera parce qu’il y aura énormément de problèmes. » « Ce qui est négatif pour lui, c’est son absence de l’Algérie. On ne peut pas gérer un pays en étant absent durant quatre ans. […] Par contre, il dirige le pays en tant que dictateur, imbu de sa personne. Il a muselé la liberté d’expression. Il y a la crise en Kabylie. Il a divisé tous les partis, les syndicats et les organisations de masse. Il a essayé de porter atteinte à l’institution militaire, sans réussir bien sûr. »
  • En 2014 : « Le président est malade et il est incapable de tenir une confrontation, et peut-être même qu’il est incapable de réfléchir, mais il a donné le feu vert à son clan pour attaquer le DRS« . « C’est une question de vie ou de mort pour le (clan de Bouteflika), et pour ne pas rendre de comptes, ils veulent le maintien de Bouteflika pour cinq années de plus. Et après, ils iront chercher une autre solution. Mais le problème auquel ils sont confrontés est que Bouteflika est incapable d’assurer un 4ème mandat. »

Sur le poids de l’armée au sein du pouvoir algérien :

  • En 2004 : « Qu’elle se retire ou pas, le problème n’est pas de cet ordre. […] En cas de danger grave, l’armée doit intervenir pour redresser la situation. Ce qui fait qu’en l’état actuel des choses, sans culture démocratique ancrée chez le peuple, chez le responsable algérien, l’Algérie est encore sous-développée, l’armée ne peut pas se retirer directement. Il faut d’abord créer un Etat démocratique, un Etat de droit. Si demain toutes ces conditions sont réunies, l’armée aura toute latitude pour se retirer. Et ce sera la primauté du civil sur le militaire. Les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour un retrait immédiat qui laisserait le champ libre à des dictateurs, à des détracteurs comme le cas Bouteflika. »
  • En 2014 : « L’armée (et particulièrement le DRS) est le bouclier protecteur de l’Algérie, et s’il est affaibli, le pays ne pourra plus tenir debout. Donc ce qu’a commis Saâdani est de l’ordre de la trahison. »

Sur le chef d’état-major de l’armée : Mohamed Lamari soutenait Ali Benflis, Gaïd Salah soutient Bouteflika.

  • En 2004 : « Du moment que le général Mohamed Lamari, chef d’état-major, a fait trois déclarations concernant l’élection présidentielle 2004, je crois savoir, étant militaire et connaissant l’institution bien sûr, qu’il va tout mettre en oeuvre pour concrétiser ses dires. C’est-à-dire s’assurer que le scrutin se déroule dans les normes légales. » Et l’ex-général Benhadid était même favorable à un coup de force de l’armée au cas où. « S’il (Bouteflika) passe légalement par le peuple, si le peuple choisit Bouteflika, le peuple est souverain. S’il y a fraude, automatiquement il va y avoir des problèmes. Nous entrerons alors dans une autre crise. Il faudra savoir gérer cette crise. Ce sera un problème de sécurité nationale. L’armée a le droit d’intervenir en cas de crise majeure. »
  • En 2014 : « N’utilisez pas ce terme… il ne faudrait pas l’appeler état-major. Est-ce qu’on peut appeler Gaïd Salah chef d’état-major ? Cette personne est dénuée de crédibilité et personne ne l’aime dans l’armée, cependant il est craint en raison des prérogatives qu’il détient. » C’est « Gaïd Salah qui provoque et attaque le chef du DRS, je connais très bien ce personnage. »

En conclusion, en tant que retraité de l’armée populaire nationale, l’ex-général a-t-il gardé beaucoup de contacts avec une institution qu’il a quittée il y a près de 18 ans ? Le blogueur de ce site en doute. Les propos de l’ex-général semblent avoir été surinterprétés par la presse du fait de leur virulence. Certains ont cru qu’il s’exprimait au nom d’un groupe d’officiers actifs. Mais son interview brûlot de cette semaine, à l’instar de celle d’avril 2004, s’inscrit plus dans le cadre de la campagne en faveur d’Ali Benflis. Sur la scène politique algérienne, il n’y a pas que le clan des Bouteflikiens qui manœuvre d’un côté, et l’état-DRS qui agit ou réagit de l’autre côté. Il y a aussi le groupe pro-Benflis qui joue au billard à 3 bandes.

Baki @7our Mansour

Page Facebook  du blog : www.facebook.com/baki.hour
Page Twitter publique du blog : twitter.com/7ouria

Cet article, publié dans Algeria, Politics, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Les non-dits de l’ex-général Hocine Benhadid.

  1. Tahar-LSW dit :

    J’aime bien la conclusion même si je crois que l’affaire ou l’idée des clans a été trop jouer, trop exagérer.

Règles des commentaires: 1. Restez courtois et respectueux. 2. Pas de copier/coller abusif (maximum quelques lignes). A la place, merci d'indiquer un lien http. 3. Pas de Spam ou de Squat. Le non-respect de ces quelques règles peut valoir une interdiction sans avertissement.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s