Quels changements en Algérie depuis le 5 janvier 2011 ?

Il y a trois ans, des émeutes éclataient en Algérie. Les raisons de la colère étaient préalablement programmées dans la Loi de Finances de l’année 2011. Des mesures décidées par le gouvernement Ouyahia et votées par une assemblée dénuée de toute légitimité. Les taxes étaient augmentées sur des produits essentiels comme l’huile et le sucre. Les paiements au delà de 50.000 DA devaient aussi se faire par chèque bancaire. Le Pouvoir était alors coupé de la réalité du pays. L’année 2011 commençait par une hausse douloureuse des prix.

DZ2011-manifs

A la même période, la situation prenait une tournure révolutionnaire dans la Tunisie voisine. La rue algérienne réagit dans un contexte différent. Des émeutes violentes multiples, des mouvements de revendications corporatistes, des grèves d’étudiants, de nombreuses et tragiques immolations, etc…

La cause de cette situation troublée était le régime lui même. Dirigé par une gérontocratie qui n’est plus en phase avec le pays réel. Par une classe dirigeante qui confond stabilité avec immobilisme politique et stagnation économique. Face à l’urgence, les taxes et les mesures à l’origine de la fronde populaire avaient été annulées. Et le régime a malicieusement puisé dans la rente des hydrocarbures pour éteindre les flammes de la révolte.

Quel bilan faut-il aujourd’hui tirer des ces trois dernières années ? Quelle évolution après avoir vu de quelle matière était tissées les « réformes » de Bouteflika ?

Sur le plan politique tout d’abord. La vitrine maintes fois évoquée par la presse étrangère est une illusion d’optique. Certes, l’état d’urgence a été formellement levé. Mais les manifestations sont interdites à Alger, et même dans le reste du pays. Après un bricolage institutionnel, l’assemblée nationale est composée d’une forte proportion de femmes députées. Aucune, je dis bien aucune, ne s’est faite remarquer par des propos qui retiennent l’attention. L’actualité n’a mentionnée que quelques faits les concernant. Une première concerne l’agression physique d’une journaliste par une députée. Et une deuxième information est le mutisme complet d’une délégation parlementaire féminine en visite à Bruxelles. Les députées algériennes étaient encadrées par des agents de sécurité qui interdisaient qu’on leur parle! Des fois qu’une députée exprime sa pensée et génère une bourde médiatique…

Bien sûr, il y a eu une floraison de nouveaux partis depuis 3 ans. Mais combien ont un véritable ancrage populaire et social? Combien ont construit une plateforme d’alternative au régime? Leur discours est souvent vide et creux. Un véritable paysage politique à la Potemkine. La plupart des nouveaux partis microscopiques font partie du système et ne s’en cachent pas. (voir aussi Nouveaux partis en Algérie. Bienvenue à la Waada du régime).

Tout ceci s’est accompagné d’une répression des activités indépendantes de la société civile. Les militants des syndicats autonomes, ceux des associations de chômeurs, les activistes anti-corruption, etc… font régulièrement l’objet d’un harcèlement policier et judiciaire. Ils sont systématiquement stigmatisés comme étant des agents à la solde de l’étranger.

La caporalisation de la société civile est à l’oeuvre aussi à travers la nouvelle Loi sur les associations. Le résultat en est la disparition de certaines d’entre-elles. Le nouveau cadre législatif a créé des entraves administrative et budgétaires. Tout ce qui n’est pas embrigadé dans le pouvoir doit être réduit en silence (comme d’ailleurs dans l’histoire de la  cinéaste Djamila Sahraoui «L’ENTV me traite comme une chienne !»)

Sur le plan socio-économique, pour calmer la rue, le pouvoir a du se résoudre à partager un peu plus la rente des hydrocarbures. Les salaires des fonctionnaires ont été augmentées de façon importante. Les chantiers de logements sociaux ont été multipliés. Et des dizaines de milliers de jeunes ont profités de crédits ANSEJ et autres mesures d’accompagnement. Tous ces dispositifs d’achat de la paix sociale se font sans réelle réflexion à moyen et long terme. L’essentiel pour le système est de clientéliser toutes les composantes de la société afin de pérenniser le pouvoir politique dans sa configuration actuelle. L’importation des biens de consommation s’est ainsi emballée. Le credo du printemps arabe en Algérie c’est la voiture pour tous. Même si cela bouchonne au niveau de la circulation.

Ces derniers mois, des changements au sein des services secrets ont été présentés par le secrétaire général du FLN Amar Saâdani comme étant l’affermissement d’un Etat civil (voir la série d’articles sur le DRS). Mais c’est à ses fruits qu’on reconnait un arbre. Et celui-ci n’augure rien de bon. On ne perçoit qu’une crispation autoritaire. Trois ans après les émeutes du 5 janvier 2011, l’état militaro-policier s’est renforcé en Algérie. La situation des libertés publiques s’est dégradée. Le verrouillage sécuritaire s’accentue avec la régression du vent de liberté dans les pays arabes. Et tant que le flot des pétrodollars coulera à profusion, cela continuera à masquer les pierres de la crise algérienne.

Baki @7our Mansour

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