Services secrets en Algérie: la manœuvre Zerhouni définitivement enterrée.

Noureddine Yazid Zerhouni est un amateur du jeu d’échecs. Ministre de l’Intérieur de décembre 1999 jusqu’à mai 2010, sa longévité à ce poste avait battue tous les records de ses prédécesseurs. Pendant plus de 10 ans, l’ex-numéro 2 de la sécurité militaire des années 70 était une pièce maîtresse du dispositif du président Bouteflika, sa mission: faire rentrer dans le rang les services secrets. Mais ceux que certains journalistes appellent pudiquement « les officiers militaires en civil« , les décideurs  du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité), eux ne l’entendaient pas de cette oreille.

yazid-zerhouni Au début des années 2000, Bouteflika et Zerhouni veulent s’inspirer du modèle Benali en Tunisie. Le pays voisin vit alors sous un régime policier étouffant où les services de sécurité dépendent du ministère de l’intérieur, y compris la composante du renseignement. Le ministre Zerhouni aura carte blanche, du budget et des moyens humains, pour muscler la direction des renseignements généraux (RG) au sein de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN). Officiellement, il s’agit d’un outil de renseignement pour combattre le crime organisé et surveiller la société civile. Avec un bon prétexte: Quoi de mieux que des civils pour surveiller d’autres civils !

C’est dans ce contexte qu’est créé en octobre 2003 le CONAD (Conseil National d’Aide à la Décision) sous l’autorité du ministère de l’intérieur. Sous ce vocable anodin se cache l’idée d’un « service extérieur de l’administration centrale » qui est sensé être

« un instrument d’écoute et de veille », Il « a pour mission de recueillir et d’exploiter toutes les informations se rapportant à la vie du pays susceptibles de prévenir et de faciliter la gestion évènements de portée nationale risquant de générer une situation de crise et nécessitant pour son règlement une coordination intersectorielle et une prise de décision immédiate. »

Le CONAD était en théorie composé « d’une cellule opérationnelle et d’un comité technique de liaison« . Mais déjà le décret montrait ses limites,

« le comité technique de liaison, présidé par le ministre chargé de l’intérieur, est composé des secrétaires généraux des ministères chargés de l’intérieur, des transports, des travaux publics, de l’hydraulique, de la santé, de l’habitat et de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire, et de l’environnement, de la communication et du représentant du ministère de la défense nationale.« 

Yazid Zerhouni qui deviendra Vice-Premier Ministre en mai 2010 – un poste honorifique sans fonctions précises – voulait ainsi dès 2003 avoir la main sur plusieurs ministères clés en cas de crise. Mais ni le ministère de la défense et encore moins le DRS n’étaient dupes de sa manœuvre. A travers leur représentant au CONAD, les militaires garderont un oeil sur la création de Zerhouni.

Et en réalité sans une participation effective des autres moyens de renseignement, le CONAD restera une coquille vide. La cellule opérationnelle sera incapable de réaliser les objectifs initialement définis. Ses prérogatives étaient d’ailleurs en conflit avec ceux du DRS. Il lui était demandé

« de collecter, de centraliser, d’exploiter et de suivre toutes les informations sur les évènements et faits pouvant mettre en danger la sécurité des personnes et des biens ; d’évaluer les situations de crise et de réagir par l’alerte des pouvoirs publics ; d’identifier les moyens à mettre en œuvre avec les secteurs concernés. »

Le ministère de l’intérieur voulait occuper le terrain du renseignement. Mais Zerhouni a échoué à double titre. Il n’a pas réussi à mettre un pied sur le terrain réservé du DRS et c’est le DRS qui est allé sur son terrain à lui. En effet, l’enquête sur la corruption au sein de la Sonatrach est menée depuis 2010 par le Service Central de la Police judiciaire (SCPJ)… sous l’égide du DRS. C’est donc un service secret de renseignement qui mène l’enquête d’instruction dans une affaire de droit commun!

Que reste-t-il des velléités initiales de développer un système sécuritaire à la Benali en Algérie ? Le CONAD vient d’être dissous début avril 2013, avant le départ de Bouteflika vers la France pour raisons de santé. Dans la partie d’échecs entre le clan Bouteflika et le DRS, la manœuvre Zerhouni a été définitivement mise en état d’échec et mat.

Baki @7our Mansour

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Un commentaire pour Services secrets en Algérie: la manœuvre Zerhouni définitivement enterrée.

  1. Amar Bouzouar dit :

    Je pense que Bouteflika à travers Zerhouni voulait copier sur Boumediène le type des services parallèles de feu Zougar dit  »Rachid Casa », mais d’une manière différente. Si Boumediène a recruté  »Rachid Casa » pour espionner le monde occidental, Zerhouni a créé le CONAD pour d’autres raisons notamment personnaliser le pouvoir!

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