Force parallèle au Sahel. Que signifie la réactivation du CEMOC ?

Sur le plan de la diplomatie militaire, il y a eu une plusieurs évènements cette semaine. L’ONU semble s’orienter vers la transformation de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali constituée de contingents militaires de pays d’Afrique de l’Ouest) en « une mission de maintien de la paix au Mali forte de 11 200 hommes au maximum« . A noter que ce total dépasse de 50% le total promis par les états de l’Afrique de l’Ouest (7 700 hommes). D’où viendront les moyens humains supplémentaires ? Un complément qui n’a pas de lien apparent avec le rôle sur le terrain des troupes françaises et tchadiennes.

Cemoc

Légende: Photo d’archives d’une précédente réunion du Cemoc avec la présence des chefs d’état-major d’Algérie, Mali, Mauritanie et Niger. 

Car comme le dit l’adage en anglais, « Peacekeepers are not Peacemakers« ,  ce qui se traduit par « les casques bleus ne sont pas des guerriers. » Ce n’est pas le rôle des casques bleus de l’ONU de lutter contre le terrorisme jihadiste. Selon un rapport rendu public mardi 26 mars, le secrétaire général Ban Ki-moon souhaite une « force parallèle » qui devra «mener les combats de grande envergure et les opérations anti-terroristes» et qui apportera un soutien militaire «au-delà de la portée du mandat» de maintien de la paix. Les médias français ont tout de suite extrapolé. Le journal Le Monde déclare

«L’exigence d’une « force parallèle », non précisée, semble indiquer que l’ONU souhaite le maintien d’une présence militaire française en appui à sa « mission de stabilisation ».»

Un mandat pour une force parallèle française au Sahel ? Rien n’est moins sûr. Car les américains semblent soutenir la réactivation du Cemoc (Comité d’état-major opérationnel conjoint), une initiative militaire régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Niger et l’Algérie. Belle idée sur le papier, le Cemoc dont le quartier général est situé à Tamanrasset dans le Hoggar algérien n’a pas eu les résultats militaires escomptés. Et pour cause, cette chaîne conjointe est tout aussi solide que son maillon le plus faible, en l’occurrence l’armée malienne. Avec des militaires maliens qui revendaient aux jihadistes les armes, les munitions et les informations, qui avaient d’autres allégeances que celles vis à vis de la hiérarchie militaire, avec des officiers du renseignement et de hauts fonctionnaires proches des narco-trafiquants à Bamako, l’initiative Cemoc était vouée à l’échec dès le départ. Et cela ne changera pas tant que l’armée et l’Etat maliens ne seront pas reconstruits sur des bases saines.

Sur le plan technique, le Cemoc devait être dirigé par chaque pays membre à tour de rôle sur la base d’une rotation annuelle. Le général malien Gabriel Poudiougou en a été le premier président jusqu’à novembre 2011. Ensuite, le relais a été passé à la Mauritanie et au général de brigade Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed. Surviennent les rébellions de l’Azawad dans le Septentrion malien. Dépassé par les évènements du conflit, le Cemoc entre en hibernation. Et même la réunion où le Niger devait prendre la présidence a été reportée en novembre 2012.

Sur le terrain, l’intervention française a arrêtée l’offensive jihadiste sur le Sud malien. L’infrastructure des islamistes radicaux a été détruite dans une grande proportion. Des instructeurs militaires sont dépêchés par la communauté internationale pour rebâtir les troupes de Bamako. C’est dans ce contexte que la réactivation du Cemoc a eue lieu cette semaine, avec la réunion à Nouakchott des Chefs d’état-major des quatre pays concernés. Une réunion qui a duré trois jours à partir du mardi 26 mars… et qui a été précédée par la visite discrète le dimanche 24 mars du général Carter Ham, commandant des forces américaines en Afrique (Africom) au Cemoc à Tamanrasset. Une visite au cours de laquelle un soutien technique US a été envisagé, ce qui inclut très certainement une aide au renseignement grâce aux drones désormais basés au Niger. De même, une autre visite est passée inaperçue. Celle de l’Amiral Edouard Guillaud, le Chef d’Etat-major des armées françaises à Nouakchott, le mercredi 27 mars. Alors, force parallèle chapeautée par la France ou dirigée par la structure Cemoc des pays dits du champ Sahélien. Entre discussions bilatérales et concertations multilatérales des décideurs militaires, que faut-il en déduire ?

Il semble que l’option du Cemoc corresponde au souhait de Washington.  Un voeu exprimé par l’ancienne Ambassadrice US au Mali Vicki Huddleston. Dans un article de Voice of America, elle souhaite que l’Algérie joue un rôle crucial dans un plan à long terme de stabilisation du Mali. Elle déclare que

« Tôt ou tard l’Algérie doit faire ce qu’il faut. L’Algérie est responsable puisque al-Qaida au Maghreb Islamique (..) est (né) en Algérie. Il s’agit là d’un mouvement militant salafiste algérien. Alors, (les jihadistes) sont partis au Mali et ont redémarré la guerre civile algérienne au Mali. »

La diplomate américaine annonce clairement son souhait de voir une force africaine menée par l’Algérie et à laquelle seraient associés la Mauritanie, le Mali, le Niger, et même le Tchad et la Libye.

Est-ce crédible? C’est là mal connaitre les réticences algériennes actuelles sur cette question sous la présidence Bouteflika. Vu d’Alger, le Cemoc restera inefficace tant que le maillon malien n’aura pas été restauré. En d’autres termes, priorité à la reconstruction de l’armée malienne. C’es ce que le chef d’Etat-major de l’Armée populaire nationale, Ahmed Gaid Salah, souligne à travers son propos:

« (..) la lutte contre le terrorisme doit reposer sur le principe directeur qui est à même de guider l’action de chacun de nos pays, à savoir celui d’assumer les missions en comptant d’abord sur les forces armées nationales, puis sur le soutien, l’aide et la coopération des pays voisins, notamment dans le domaine du renseignement. »

Bref, le message d’Alger à Bamako semble être le suivant: « Aide toi d’abord, et ensuite ton voisin t’aidera« . Et il est peu probable que ce discours évolue d’ici à la fin du troisième (et dernier?) mandat à la présidence de Si Abdelkader El Mali (nom de guerre d’Abdelaziz Bouteflika).

Baki @7our Mansour

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Un commentaire pour Force parallèle au Sahel. Que signifie la réactivation du CEMOC ?

  1. Aït Hamza dit :

    Ce qu’on nomme par terrorisme n’est que la conséquence du délitement de l’Etat malien et pas le contraire .
    tant qu’on ne rebâtit pas cet Etat ,les rebelles continueront à prospérer tranquillement au Sahel !
    En revanche on oublie qu’on est dans un désert où il est presque impossible d’en contrôler l’étendu ,donc à priori le problème n’a aucune solution !

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