Un ministre algérien stigmatise le danger des fils de harkis.

Le 29 novembre prochain, des élections locales auront lieu en Algérie. Un scrutin insipide précédé d’une campagne électorale terne, qui n’intéresse qu’accessoirement les algériens malgré le battage des médias publics d’Alger. Il n’était pas dans les intentions de ce blog d’en parler. Mais la dernière sortie du ministre Amara Benyounès, chargé de l’aménagement du territoire, de l’environnement et de la ville, en a décidé autrement.

Selon le quotidien El Khabar, il a déclaré que des listes électorales d’autres partis politiques mentionnaient des noms de fils de Harkis. Et il a poursuivi en disant que cela constituait un danger grave pour l’avenir du pays.

Qui est Amara Benyounès ?  C’est le secrétaire général d’un parti satellitaire du pouvoir, le Mouvement populaire algérien ( MPA). Un parti qui a été mis en orbite juste avant les législatives de mai dernier. Proche des services de sécurité, il est le tenant d’une ligne dite moderniste et éradicatrice (résolument anti-islamiste). Son activisme récent des derniers mois a été généreusement récompensé par une place au sein du gouvernement Sellal.

Qu’est-ce qu’un harki ? Par définition, c’est un individu ayant servi dans une formation paramilitaire coloniale en Algérie française avant juillet 1962. Les raisons ayant poussé une partie des indigènes musulmans (selon la terminologie de l’époque) à combattre leurs coreligionnaires sont très diverses. Des raisons économiques pour échapper à la misère, parfois des actes de vengeance  suite à des persécutions de membres du FLN, un enrôlement de force dans des unités françaises, des allégeances tribales, etc… cela nécessiterait une étude scientifique et argumentée pour 50 ans après l’indépendance avoir un regard objectif sur cette question. Mais la remarque la plus importante est que les harkis ne constituent pas une race, une religion, une ethnie à part, rien ne les distinguait des autres musulmans.

Une telle étude reste difficile à faire en Algérie. Harki est une insulte dans le langage populaire,  synonyme de traître à la communauté, et c’est même un terme utilisé dans les invectives publiques. Il n’y a pas eu de Loi d’amnistie couvrant la guerre d’indépendance. Et le choix des autorités d’Alger après 1962 a été celui de l’amnésie collective. La question est rarement abordée par la presse locale. A part le récent témoignage de Brahim Sadouni, enrôlé de force dans l’armée française, qui semble être l’exception qui confirme la règle. Un silence jugé nécessaire pour faire oublier tous les anciens harkis qui ont continué à vivre en tant qu’algériens dans le pays de leurs ancêtres ?

Revenons au discours d’Amara Benyounès. Des paroles lourdes de sens, une forme de lapsus politique révélateur.

Primo, pour ce politicien se disant moderniste il y aurait plusieurs catégories de citoyens. Il y a là insidieusement une vision « ethnique » du pays. Les descendants de harkis ne devraient pas avoir les mêmes droits que les autres suivant son raisonnement.

Deuxio,  il institue une nouvelle insulte, celle de fils de harki. Il demande à ses militants de faire voter pour ses listes, celle des vrais nationalistes de la famille révolutionnaire. Certains concurrents n’étant à ses yeux que des traîtres en puissance. Il pointe du doigt le danger d’un gêne de la traîtrise qui se transmet de génération en génération. Discours d’un « modernisme » troublant. Discours clivant d’un membre du gouvernement qui ne se considère pas comme ministre de tous les algériens. La démonstration en est faite, celui qui est contre le régime est une personne louche. L’anathème est lancé, ceux qui veulent le changement ne peuvent être que des fils de harkis.

Tertio, beaucoup de commentaires sur la page d’El Khabar critiquent la position du ministre Benyounès. Plusieurs indiquent que les enfants ne peuvent être tenus pour responsables des actes des parents selon les principes musulmans, et que c’est même les critères de compétence qui devraient primer dans le choix des responsables publics. N’est-ce pas surprenant ! La société algérienne est beaucoup plus tolérante et moderniste sur ce point que le ministre Amara Benyounès. Mais malheureusement le bon sens populaire ne semble plus avoir de prise sur le dogmatisme d’une élite aveuglée.

Baki @7our Mansour

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33 commentaires pour Un ministre algérien stigmatise le danger des fils de harkis.

  1. Hafis dit :

    Je vien de lir le comanter de monsieur d’amara benyounes come coi les fis darki son une menace pour lalgere mai au non de coi il peu dir sa je suis un fils darki jaime mon payie se nai pa de ma fote a moi je suis veunu an france a lage de 6ans jai etei a lecol a makouda chasser des perdrie ex les fis darki come aime leur payie au contraire sait une richesse pour lalgerie fau pa voir peur de nous mer le ministre on cherche pa la politique on cherche a oublier notre cochemar

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