Revue de la presse algérienne du 10 novembre sur la situation au Mali.

A travers la lecture de la presse d’Alger, on peut détecter certaines tendances et entrevoir les messages envoyés par le pouvoir algérien à destination de différents protagonistes.

Légende: Le MNLA se présente aux médias occidentaux comme un mouvement laïque et démocratique.

1. Rapprochement entre MNLA et Alger.

Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) bénéficie d’une couverture plus large de la part de plusieurs journeaux algériens. Un constat à comparer avec sa quasi-disparition des médias français comme la chaîne d’infos France 24 ou Radio France Internationale (RFI). Ainsi Hama Ag Sid’Ahmed du MNLA, porte-parole du Conseil Transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA) dit au journal Le Temps d’Algérie:

« Tous les autres éléments qui ont grossi  AQMI et le MUJAO peuvent se dissoudre dans la nature quand il y aura de vraies difficultés sur le terrain. Tous ces groupes narco-terroristes sont liés seulement  par des bénéfices à partager qui proviennent de la drogue et des rançons et d’autres activités illicites. Rien d’autre, pas de convictions politiques ni religieuses réelles »

Salima Tlemçani dans El Watan signe un article intitulé « Le MNLA prépare une offensive contre le Mujao et AQMI. » Des bruits de cette offensive se font récurrents depuis plusieurs semaines. C’est la seule alternative qui reste au MNLA pour peser sur la négociation à venir avec les autorités de Bamako, il lui faudra bien à un moment peser militairement au risque d’être totalement marginalisé. Mais ici l’interlocuteur d’El Watan pose question car il s’est déjà désavoué à plusieurs reprises, il s’agit de Moussa Ag Assarid,  le chargé de l’information et de la communication du MNLA, bien connu des plateaux TV à Paris.

2. Pressions sur Ansar Eddine.

De façon plus significative, S Tlemçani écrit

« Si pour l’instant, seul le MNLA semble s’engager dans cette lutte, pour Ançar Eddine, il est encore trop tôt pour croire à ses intentions de couper le cordon ombilical qui le relie au Mujao, à AQMI et à la criminalité transfrontalière. En son sein, trop d’éléments impliqués aussi bien dans les activités terroristes que celles du trafic de drogue, qui ne sont pas prêts à se ranger du côté de la légalité. »

El Watan semble exprimer une irritation des autorités algériennes vis à vis d’Ansar Eddine. Y a-t-il un lien avec l’affaire des otages de Gao ? De Ouagadougou, le porte-parole d’Ansar Eddine, Mohamed Ag Ahgrib, révélait son incapacité à intervenir dans leur libération:

« Nous souhaiterions aider l’Algérie, mais malheureusement nous n’avons pas de contacts particuliers susceptibles de nous permettre de négocier avec le Mujao. »

Et affirmait par la même occasion que son mouvement n’agirait pas contre les terroristes d’AQMI.

« AQMI est composée de musulmans, comme nous. Nous demander de combattre d’autres musulmans, ce n’est pas dans notre éthique. Par ailleurs, voilà plus de dix ans qu’ils occupent le nord du pays. Si l’Etat malien, quand il était fort, ne les a pas combattus, ce n’est pas à nous de le faire maintenant. »

3. Réticences vis à vis d’une intervention armée étrangère.

A Alger, il n’y a pas consensus sur la nécessité d’une offensive armée étrangère dans le nord du Mali. Le pouvoir semble divisé sur cette question. Ainsi que le montre la récente interview du ministre de l’intérieur, Daho Ould Kablia:

« La position de l’Algérie a souvent été réaffirmée par M. le Ministre des Affaires étrangères. L’Algérie ne souhaite pas l’intervention militaire. La priorité pour notre pays est de trouver une solution politique pour régler définitivement le problème de l’unité territoriale du Mali. Il faut que les Touareg du Nord renoncent à leurs idées de sécession. L’Algérie s’y emploie. Actuellement, il n’y a pas de pouvoir légal à Bamako. Une fois ce problème réglé, et à mon avis il le sera, éradiquer le terrorisme et les narcotrafiquants dans le Nord sera facile parce que ce sera l’autorité centrale malienne unifiée et les riverains qui pourront coordonner leurs efforts pour venir à bout des subversifs et des trafiquants. Evidemment, si les gens s’imaginent qu’il faut réinstaurer l’autorité centrale sur le Nord par la voie de la guerre, cela aura des conséquences très graves. Dans ce cas de figure, il sera très difficile de faire regagner le bercail par les gens du Nord. Et si cette guerre affecte directement ou indirectement les populations touareg du Nord, nous avons chez nous aussi des populations touareg qui ont des liens très forts avec ceux du Nord-Mali et, de ce fait, cela risque de compliquer les choses. « 

Le Temps d’Algérie fait appel à Eric Denécé, président du centre français de recherches sur le renseignement pour conforter le diagnostic sur les risques posés par une intervention:

« le risque, ce n’est pas que le Sahel devienne un nouvel Afghanistan (la Cyrénaïque est bien plus favorable à cela) mais que les terroristes chassés du Sahel reviennent dans les zones montagneuses et urbanisées d’Afrique du Nord, ou dans les villes d’Afrique de l’Ouest. »

Et dans le même entretien , Eric Denécé apporte quelques arguments en faveur d’une action militaire:

« Ainsi terroristes et trafiquants peuvent vivre en paix tant qu’une opération militaire n’a pas eu lieu contre eux.
Le jour où une force armée organisée et compétente (Algériens ou Occidentaux) décidera d’intervenir, ils ne tiendront pas longtemps, car les zones refuges montagneuses sont hostiles et ne permettent guère qu’une survie précaire. Le Sahara est une zone de transit, non de refuge. »

A noter que des officiers militaires algériens ont participé à la réunion préparatoire internationale. Et que des avions algériens de transport de fret ont été signalés sur le tarmac de Bamako, voir « Appui logistique à l’armée malienne : L’Algérie livre trois cargos d’armes. »

On en saura un peu plus dans quelques jours lorsque des détails sur le CONOPS (Concept of Operations) auront filtré. Quelle sera le rôle de l’Algérie là dedans ?

Baki @7our Mansour

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Un commentaire pour Revue de la presse algérienne du 10 novembre sur la situation au Mali.

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