Projet Renault en Algérie: l’arbre qui cache la friche industrielle et éducative.

Plus de 40 ans après la fin de l’usine de montage Renault d’El Harrach, l’Etat algérien court toujours après un accord avec le constructeur français. Des négociations qui traînent en longueur, des annonces répétées d’un accord imminent de la part d’un ministre incompétent, des tergiversations sur le lieu d’implantation ou sur la taille de la production, etc… et finalement un accord-cadre préliminaire aurait été signé.

Pour y voir plus clair, voici d’après votre observateur, les positions de chacune des 2 parties:

Etat algérien:

  • restaurer la fierté algérienne après avoir laissé s’échapper l’investissement nord-africain de Renault au Maroc il y a quelques années;
  • réaliser une promesse récurrente des autorités algériennes depuis les années 80 et le mémorable projet Fatia de Tiaret;
  • prouver que l’Algérie reste attractive malgré une Loi qui décourage l’investissement étranger;
  • valoriser les infrastructures enclavées et à fonds perdus de Bellara et Djendjen dans la région de Jijel.

Renault:

  • conserver une part de marché importante en Algérie et ne pas irriter les susceptibilités locales;
  • ne pas suciter de nouvelles réactions en France contre ses investissements à l’étranger;
  • tester l’investissement industriel en Algérie tout en limitant les risques d’échec et en garantissant la protection de ses intérêts.

Si dans le domaine du savoir-faire industriel, le constructeur français est un acteur mondial, les décideurs algériens eux ne sont pas outillés pour comprendre les enjeux du dialogue. En février dernier, un responsable de Renault, ajoutait ainsi que les négociations étaient compliquées par la « faible culture industrielle» des officiels algériens. Pour ces derniers, il s’agit plus d’une affaire de « Nif » (fierté), d’ego national avant tout.

Sur le lieu d’implantation de l’usine, Renault a refusé le site de Bellara. La région n’étant pas reliée à l’autoroute Est-Ouest, la culture industrielle y est absente et il y a un faible tissu industriel dans ce bassin d’emploi. Le français propose la région d’Alger, avec un site à Rouiba, « de façon à ce que les voitures soient fabriquées près d’une zone où on peut recruter de la main-d’œuvre qualifiée», expliquait en février un responsable de Renault.

On touche là un tabou des officiels algériens. Ces derniers ne veulent pas voir qu’il n’y a plus de compétences humaines en Algérie. La politique éducative suivie depuis 20 ans est une catastrophe. Les universités forment des diplômés non employables, incapables pour certains de comprendre un texte simple ou d’avoir une méthodologie correcte de travail. Et depuis janvier 2011, la fuite en avant du régime algérien n’arrange pas les choses, en achetant la paix civile à travers la distribution de crédits aux jeunes. La marque au losange est consciente de ce problème.

Quelques observations: D’après la source du Figaro, Renault veut construire une unité de montage de voitures Clio Symbol avec une cadence initiale de 25 000 voitures par an. On peut alors extrapoler qu’il s’agirait d’une ligne de montage avec des produits d’une valeur ajoutée limitée, avec des lots qui arriveraient de Turquie en KD (knock-down kit) pour être assemblés, avec de probables défauts qualitatifs tout au moins au début.

Connaissant le psyché algérien, le consommateur local risque de se tourner vers d’autres modèles importés, ayant une meilleure qualité, avérée ou supposée. La boucle sera bouclée avec l’intervention du gouvernement pour pallier à la situation à travers des contraintes réglementaires de marché ou par des achats publics pour équiper ses administrations. Bref, Renault sait qu’il s’agit d’un probable imbroglio industriel. C’est pourquoi il ne saute pas à pieds joints sur « l’affaire algérienne » et ne met que le bout d’un de ses orteils.

Dans ce dossier, comme dans le reste. La bonne démarche est absente. Une politique de développement industriel à long terme présuppose de réformer le système éducatif, faire sauter les verrous bureaucratiques, changer la culture dirigiste des gouvernants algériens,… on en est loin. Car au lieu de s’occuper convenablement de ses fonctions régaliennes, l’Etat algérien demeure un obstacle au développement industriel du pays.

Après plusieurs années de discussions, si ce projet se réalise, l’implantation de Renault ne fera pas revenir l’Algérie à la situation de février 1971. Il s’agira juste d’un cataplasme sur une jambe en bois.

Baki @7our Mansour

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2 commentaires pour Projet Renault en Algérie: l’arbre qui cache la friche industrielle et éducative.

  1. 7our dit :

    Propos révélateurs sur « la stratégie d’industrialisation » de certains au sein du pouvoir algérien. La dernière sortie de l’ex-premier ministre Ouyahia:

    «Avec 450 000 voitures importées, comment voulez- vous que le constructeur (Renault) veuille employer un Mohamed pour construire des voitures ici en Algérie ? Il préfère au contraire continuer à en fabriquer ailleurs, avec sa propre main-d’œuvre et venir les commercialiser ici dans notre pays», dira le secrétaire général du RND. »

    Avec de tels hommes au pouvoir, le lobby de l’import-import n’a pas de soucis à se faire. Voila pourquoi l’après-pétrole n’est pas une priorité en Algérie.

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