Plus de 30.000 anciens combattants « français musulmans » en Algérie.

Le voile se lève doucement sur le tabou des harkis qui vivent toujours en Algérie. C’est une information du Blog Secret Défense du journaliste Jean-Dominique Merchet de la revue Marianne qui l’annonce dans un article intitulé « Exclusif : des milliers d’Algériens demandent à la France leur retraite du combattant… d’Algérie« , près de 30.000 algériens ont demandé à bénéficier de la carte d’ancien combattant aux services de l’ambassade de France à Alger. Il indique que

« entre 2007 et 2010, 16.564 cartes du combattants ont ainsi été attribuées par la France à des Algériens, puis 6821 en 2011 et sans doute autant cette année. Soit environ 30.000. »

carte_du_combattant-8ebb5JD Merchet ajoute « Et l’on découvre (..) que des milliers d’anciens soldats de l’armée française qui ont combattu le FLN en Algérie y vivaient toujours… Ils réclament aujourd’hui leur droit à la France, dont l’administration est un peu dépassée par l’ampleur de l’affaire. »

Essayons d’y voir plus clair. Tous ceux qui demandent la carte d’ancien combattant ne sont pas des « harkis« , ainsi certains font les démarches au titre de la guerre d’Indochine. Et d’autre part, comme le terme harkis a une connotation péjorative en Algérie et a été galvaudé par différentes utilisations politiciennes en France, il faut rappeler que cela recouvre différentes catégories de combattants musulmans -volontaires ou non- de l’Algérie Française, il y avait des appelés du service obligatoire, des milices paramilitaires ayant des allégeances tribales, des enrôlés de force dans des unités coloniales, des individus qui se sont engagés pour des raisons économiques ou par vengeance suite à des actes de persécutions, etc… comme indiqué dans un article précédent, aucune étude scientifique du dossier ne semble avoir été faite sur les 50 ans de l’Algérie indépendante. D’où le choix fait dans cet article d’utiliser de préférence la dénomination d’anciens combattants français musulmans.

Le nombre d’ayant droits est le double des 30.000 annoncés ci-dessus, il est donné par le site du service des Anciens Combattants de l’ambassade de France en Algérie. Les différentes pensions militaires « concernent aujourd’hui plus de 60 000 personnes en Algérie (anciens combattants ou veuves titulaires d’une pension de réversion) et représentent un coût total annuel de 6,8 milliards de dinars environ. »

Trois types d’indemnités sont ainsi versés aux anciens combattants et aux ayant-droits :

  1. « la retraite du combattant, versée à tous les titulaires de la carte du combattant. Son montant est de 666,76 euros par an (ou 66 600 dinars en Algérie) pour tous les anciens combattants français et algériens. »
  2. « les pensions militaires de retraite – versées aux militaires engagés pour une durée minimum de 15 ans ou à leur veuves – sont, depuis le 1er janvier 2011, identiques quelque soit la nationalité des bénéficiaires. leur montant varie selon les parcours individuels mais est aujourd’hui au minimum de 45000 dinars/mois pour les anciens militaires et de 20000 dinars/mois pour les veuves. »
  3. « les pensions militaires d’invalidité qui compensent les séquelles de blessures ou de maladies contractées en service, sont strictement les mêmes pour les anciens militaires algériens et français depuis le 1er janvier 2007. Leur montant varie selon la gravité des infirmités. »

Le service de l’ambassade de France reconnait un délai de 12 à 14 mois dans le traitement d’une demande de carte du combattant, et il n’est pas rare que des demandeurs très âgés décèdent avant la fin de la procédure. Le surcroît de demandes fait suite à l’application de l’alignement des différentes pensions militaires des étrangers sur celles versées aux français.

Enfin, pour mettre tous ces éléments dans leur contexte, l’indemnité annuelle de « 666,76 euros par an » correspond à moins de 4 mois du salaire mensuel minimal [le Salaire national minimum garanti (SNMG) est de 18.000 dinars depuis le 02 janvier 2012]. Mais cela reste tout de même un montant appréciable pour des personnes âgées ayant souvent des pensions de retraite d’un montant ridicule.

Et pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui vont couiner comme à leur habitude, le « coût total annuel de 6,8 milliards de dinars » du service des anciens combattants musulmans français est pour partie couvert par les ressources locales en dinars générées par le service des visas. En 2011, il y a eu 227.201 demandes exprimées pour une taxe individuelle de  6.150 dinars pour un visa de court séjour, et 9.900 dinars pour un visa de long séjour. Cela est loin d’être négligeable au final.

Pour terminer, la présence de dizaines de milliers d’ayant-droits en Algérie ne surprendra que ceux qui ont été trompés par le mythe mensonger du massacre de 150.000 harkis au lendemain de l’indépendance. Depuis 50 ans, la mort naturelle a emportée une partie des harkis qui sont restés après l’indépendance, sans oublier ceux qui n’ont pas pu faire de demande de pension française faute d’avoir gardé les documents requis, et ceux qui n’ont pas souhaité déposer leur dossier pour une raison ou une autre.

Baki @7our Mansour

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